Exécution en toute confiance de projets de stockage d’énergie par batterie
En bref
Les systèmes de stockage d’énergie par batterie (SSEB) deviennent rapidement des infrastructures essentielles pour la sécurité énergétique et la décarbonisation. Toutefois, malgré la forte dynamique du marché, de nombreux promoteurs sont confrontés à un défi persistant : harmoniser la stratégie d’exécution, la viabilité commerciale et les facteurs externes favorables.
Les responsables des projets connaissant le plus de succès ne traitent pas ces éléments comme étant des décisions distinctes. Ils et elles utilisent plutôt une approche systématique qui fait correspondre chaque choix stratégique, du modèle d’exécution au choix de technologie, à une capacité interne et aux conditions du marché. Cette mise en correspondance distingue une exécution confiante des retards coûteux et des actifs sous-performants.
En nous appuyant sur nos expériences dans le cadre de classes de maître techniques accréditées en Asie-Pacifique (en anglais) et de projets mondiaux, nous étudions comment les professionnels et professionnelles du secteur de l’énergie peuvent appliquer cette approche et tirer pleinement parti des projets de SSEB.
Étape 1 : Faire correspondre la stratégie d’exécution aux capacités
Chaque projet de SSEB réussi commence par une évaluation honnête des capacités internes. La surestimation des capacités expose parfois les équipes à des risques qu’elles ne peuvent pas gérer, alors que la sous-estimation peut entraîner des coûts inutiles ou faire rater des occasions.
Il existe trois approches principales en matière d’exécution qui conviennent chacune à des profils organisationnels différents :
- L’approche clé en main d’ingénierie, approvisionnement et construction (IAC) assure une certitude maximale avec un minimum de ressources internes. Elle est idéale pour les organisations qui commencent dans le secteur du stockage d’énergie ou pour celles qui ont des capacités limitées en gestion de projets. L’approche entraîne toutefois des coûts plus élevés et un contrôle réduit des spécifications techniques.
- Le partage des contrats propose un meilleur contrôle des coûts et de la flexibilité sur le plan technique. Cette approche exige une bonne coordination interne et des chargés et chargées de projets d’expérience qui peuvent intégrer les différents entrepreneurs avec efficacité.
- Les équipes intégrées offrent un contrôle total des spécifications, des relations avec les fournisseurs et de l’exécution. Cette approche convient aux organisations possédant une grande expertise interne et plusieurs réserves de mandats potentiels.
Ces approches ne sont pas des choix fixes et permanents. De nombreuses organisations font évoluer leur approche de manière stratégique à mesure que leurs capacités internes évoluent. Certaines d’entre elles commenceront avec l’IAC pour obtenir de l’expérience dans le marché, puis passeront au partage des contrats alors qu’elles développent leur expertise en gestion de projets.
Le point important à retenir est que la stratégie d’exécution doit correspondre à la réalité de l’organisation, et non aux capacités qu’elle souhaite obtenir. Un projet échoue lorsqu’une organisation choisit une approche qui exige des compétences ou des ressources qu’elle ne possède pas.
Étape 2 : Concevoir un projet viable sur le plan commercial
Lorsque la stratégie d’exécution est établie, la structure commerciale devient le prochain point essentiel à déterminer. Sans source de revenus claire et prévisible, même les projets les plus solides sur le plan technique peuvent avoir de la difficulté à obtenir du financement. Les modèles de revenus doivent refléter à la fois la maturité du marché et les contraintes techniques de l’approche d’exécution.
Les projets de SSEB utilisent habituellement l’un des trois modèles commerciaux suivants, chacun convenant à différents profils de risque et conditions de marché :
- Le modèle commercial traditionnel offre le maximum de flexibilité en matière de revenus grâce à l’arbitrage de l’énergie et aux services auxiliaires, mais exige une analyse exhaustive du marché et une grande tolérance à la volatilité des prix. Ce modèle fonctionne le mieux dans les marchés où les signaux de prix sont forts, comme ERCOT au Texas (page en anglais) ou le marché national de l’électricité en Australie.
- Le modèle contractuel fournit un flux de trésorerie prévisible grâce à des ententes à long terme, ce qui le rend attirant pour les prêteurs et les investisseurs institutionnels. Un exemple de celui-ci est le programme de propositions à long terme (LT2) de l’Ontario (page en anglais), qui démontre comment des revenus stipulés dans un contrat peuvent accélérer le développement d’un projet.
- Le modèle hybride combine plusieurs sources de revenus pour optimiser le rendement, mais exige des systèmes de contrôle avancés et une bonne compréhension des règles de marché. Ces projets doivent aussi assurer la gestion des demandes cycliques croissantes qui accélèrent la dégradation de la batterie.
Le modèle commercial influence directement l’efficacité d’une stratégie d’exécution. Par exemple, un projet utilisant le modèle commercial traditionnel exige souvent des systèmes flexibles, favorisant alors l’approche de partage des contrats ou d’équipes intégrées, alors qu’un projet utilisant le modèle contractuel pourrait bénéficier d’une exécution clé en main qui accorde la priorité à un rendement prévisible.
Toutefois, même les stratégies commerciales les mieux conçues sont confrontées à des restrictions externes que l’équipe d’exécution ne peut pas contrôler. Les retards de raccordement, les goulots d’étranglement liés à l’obtention des permis et les cadres réglementaires qui ne suivent pas le rythme des nouvelles technologies peuvent limiter le potentiel de revenus et perturber l’échéancier d’un projet. La flexibilité de la stratégie permet au projet de s’adapter à ces restrictions au lieu d’être retardé en raison de celles-ci.
Étape 3 : Évoluer grâce aux politiques et aux partenariats
Lorsqu’un projet passe d’actifs individuels aux portefeuilles, les facteurs externes favorables deviennent importants. L’harmonisation des politiques et la mobilisation communautaire déterminent si un projet individuel prometteur peut devenir un modèle d’affaires reproduisible et évolutif.
L’harmonisation des politiques réduit le risque lié au développement et fournit la visibilité à long terme dont les investisseurs institutionnels ont besoin. Des règles de marché claires sont aussi importantes pour définir la participation potentielle des batteries dans plusieurs marchés de services. Des cadres matures, comme la réglementation de PJM (page en anglais) et les marchés de capacité, peuvent optimiser les revenus et améliorer l’aspect financier du projet.
L’obtention simplifiée des permis contribue également à la réduction des délais et des coûts liés au développement. Les territoires ayant des voies d’approbation claires et établies pour le stockage d’énergie, comme la Californie, permettent une mise en service plus rapide et un échéancier plus prévisible.
Alors que les systèmes de stockage évoluent et deviennent plus visibles dans les réseaux énergétiques locaux, obtenir le soutien de la communauté devient un élément essentiel à la réussite d’un projet. Communiquer tôt et de manière transparente aide à développer le lien de confiance, à obtenir l’accès aux terrains et à éviter les retards qui peuvent avoir des répercussions sur l’aspect financier du projet.
Les partenariats avec les communautés autochtones, par exemple, entraînent parfois des retombées économiques communes. Au lieu de considérer la consultation des communautés comme une exigence réglementaire à satisfaire, cette collaboration permet d’établir des relations durables fondées sur une gestion responsable, renforçant à la fois la durabilité du projet et les retombées pour les communautés.
Des cadres de politique stables appuient la planification à long terme et rendent les modèles contractuels et d’exécution intégrée plus viables. Au contraire, une réglementation incertaine exige souvent des stratégies plus flexibles qui peuvent s’ajuster rapidement à un changement.
Étape 4 : Choisir une technologie qui appuie la stratégie
Les choix technologiques représentent le dernier morceau du casse-tête de l’harmonisation stratégique. La bonne solution trouve un équilibre entre le rendement, la sécurité et l’économie du cycle de vie, en plus de renforcer les objectifs commerciaux et d’exécution.
- Les systèmes au lithium-ion continuent d’être le choix le plus populaire pour les applications à court terme. Leur compatibilité dépend du cas d’utilisation défini par le modèle commercial.
- Les autres compositions chimiques, comme le sodium-ion et les piles d’oxydoréduction, offrent une stabilité au cycle et un rendement en fin de vie. Ces solutions conviennent souvent mieux aux projets contractuels qu’aux projets suivant un modèle commercial traditionnel.
- Les configurations hybrides, qui combinent le stockage avec la production d’énergie solaire ou éolienne, deviennent tranquillement la norme. Elles améliorent l’aspect financier du projet en partageant des infrastructures et en créant un résultat plus prévisible.
- Les technologies de stockage de longue durée (systèmes à air comprimé et accumulateurs fer-air) comblent les besoins d’équilibrage saisonniers. Ces technologies émergentes exigent habituellement des modèles contractuels pour les revenus et une exécution intégrée en raison de leur complexité.
Dans toutes les catégories, l’optimisation numérique joue un rôle dans le niveau de rendement d’un système. Les plateformes de contrôle avancées aident les exploitants à surveiller l’état de l’actif, à prévoir un entretien avant une panne et à réagir aux signaux du marché en temps réel.
Le principe général est simple : la technologie doit appuyer la stratégie, et non la compliquer. Choisir celle-ci seulement en fonction des spécifications techniques peut mener à des défis opérationnels qui nuisent aux objectifs du projet.
Points à retenir
Ces constats montrent que la réussite des projets de SSEB repose sur une harmonisation stratégique cohérente de l’ensemble des éléments du projet, plutôt que sur l’optimisation d’éléments pris isolément. Une exécution confiante suit lorsque chaque choix stratégique renforce les autres :
- Évaluer d’abord la capacité de l’organisation. Il faut choisir un modèle d’exécution qui correspond aux forces internes. La planification et la répartition des ressources doivent se faire pour changer la stratégie d’exécution au fil de l’évolution de l’organisation.
- S’aligner sur la réalité du marché. Les modèles de revenus doivent refléter les conditions actuelles, et non les conditions potentielles théoriques. Il faut donc concevoir la flexibilité sans compromettre la bancabilité.
- Établir des relations stratégiques. Un engagement sur les questions de fond et les partenariats avec les communautés sont des investissements dans l’évolutivité et la réduction des risques, et non des coûts liés à la conformité.
- Choisir une technologie appropriée qui appuie la stratégie. Les spécifications techniques doivent renforcer les objectifs commerciaux et d’exécution au lieu d’en être le moteur. Il faut choisir des systèmes qui appuient l’exécution et le rendement.
- Anticiper les changements. Les marchés, les capacités et les technologies changent continuellement. Il faut intégrer les capacités adaptatives dans chaque décision.
L’exécution confiante d’un SSEB dépend de la cohérence stratégique. Chaque décision doit renforcer les objectifs principaux du projet, en plus de maintenir une certaine flexibilité pour les futures occasions. Cette approche repose sur des plateformes évolutives pour une croissance à long terme dans le marché du stockage d’énergie et renforce la capacité de l’organisation à exécuter ses projets avec confiance.
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