La vue d'ensemble de la réhabilitation des sites environnementaux | GHD Perspectives

Vue d’ensemble de la réhabilitation environnementale de sites : quand allons-nous trop loin?

Autrice : Kristina Hill
Trench dump truck and excavator in a quarry

En bref

Comment atteindre l’équilibre entre les avantages de la réhabilitation et son impact environnemental ainsi que son coût? Posons-nous les questions nécessaires pour évaluer si le traitement fait plus de bien que de mal.
Examinez l'équilibre entre les avantages de la réhabilitation et son impact environnemental et coût. Considérez les questions critiques pour évaluer quand le traitement fait plus de mal que de bien, comme l'impact de la réhabilitation sur l'environnement, la communauté et les utilisations futures du site, ainsi que les coûts d'opportunité et les risques pour la santé humaine.

Quand allons-nous trop loin lorsqu’il est question de nettoyer une propriété contaminée?

Une contamination causée par le déversement illégal d’une substance dangereuse est toujours regrettable. Toutefois, dans certains cas, comme les stations d’essence d’un certain âge en milieu urbain, il arrive un moment où les avantages d’une réhabilitation pourraient être éclipsés par son impact environnemental et son coût. Il est peut-être temps de prendre un pas de recul et d’examiner notre manière d’évaluer la « vue d’ensemble » d’une réhabilitation de sites avec un panache d’hydrocarbures mature et d’autres types de dépollution environnementale. 

Prenons l’exemple d’un projet type de réhabilitation d’une station d’essence d’un certain âge : une propriété où des hydrocarbures ont fui de ses réservoirs de stockage souterrains et se sont infiltrés dans le sol. Une des méthodes les plus courantes pour ce faire consiste à pomper et à traiter le panache, soit extraire les eaux souterraines contaminées et les filtrer, puis assurer une élimination appropriée. 

Au début de la majorité des projets de réhabilitation, les analyses des sols et des eaux souterraines montrent un déclin rapide des contaminants. Toutefois, les efforts visant à les réduire offrent inévitablement un rendement décroissant. Dans de nombreux cas, le déclin asymptotique de la concentration est atteint avant les concentrations ciblées. Alors, de quoi devrions-nous tenir compte lorsque nous décidons si un traitement fait plus de mal que de bien? Voici les questions à se poser lors de cette évaluation : 

  • Quelle est l’incidence de la réhabilitation prévue sur l’environnement? Une bonne partie des pompes et de l’équipement typiquement utilisés est alimentée par du diesel, de l’essence ou du propane; des carburants qui consomment des ressources naturelles et relâchent du carbone et d’autres émissions dans l’air. Ce compromis vaut habituellement la peine au début de la réhabilitation. Cependant, une fois le déclin asymptotique atteint, les répercussions négatives de ces émissions dépassent éventuellement l’avantage relativement petit d’une réduction des contaminants dans le sol. Même un site alimenté par l’électricité entraîne de grands impacts en carbone selon la manière de produire cette électricité. 
  • Le programme de réhabilitation prévu représente-t-il davantage une nuisance qu’un avantage pour la communauté? Le bruit des pompes, des génératrices, des compresseurs d’air et d’autres équipements, ainsi que celui des véhicules se déplaçant à proximité et sur le site, a une incidence sur le déroulement des activités commerciales et la qualité de vie des gens qui habitent le secteur. 
  • Le panache existant aura-t-il des conséquences négatives sur l’utilisation prévue du site? Le processus de traitement pourrait empêcher le développement du site d’une manière et dans un délai qui avantagent le plus la communauté, comme l’établissement d’une entreprise créatrice d’emplois à cet emplacement. 
  • Les coûts liés aux opportunités sont-ils considérables pour cette réhabilitation? Le coût financier de la réhabilitation du site est possiblement excessif lorsqu’il n’y a pas d’avantages réels pour la communauté. Avec une bonne dose de créativité et de coopération de la part des propriétaires du terrain, des organismes de réglementation et des personnes responsables, l’argent qui servirait au traitement des sols pourrait être utilisé pour des activités qui répondent aux besoins de la communauté. Il pourrait servir à l’aménagement du terrain pour sa prochaine utilisation, à la construction d’infrastructures de quartier, comme un parc ou un terrain de jeux, ou à la réduction des impacts de l’itinérance. 
  • Quel est le risque actuel du panache pour la santé humaine? Selon l’utilisation prévue du terrain, la probabilité d’exposition aux eaux souterraines et au sol contaminés est peut-être déjà faible, et les risques pour la santé de cette exposition peu probable sont faibles également. Il serait donc préférable pour la communauté de dépendre de l’atténuation naturelle que de la réhabilitation des contaminants restants.

Chiffrer les options

Ces considérations relatives à la vue d’ensemble sont de plus en plus évidentes pour un grand nombre d’acteurs de notre industrie et de grands progrès ont été réalisés pour faciliter les évaluations. Grâce à l’élaboration du logiciel de feuilles de calcul pour l’analyse de l’empreinte environnementale (Spreadsheets for Environmental Footprint Analysis, ou SEFA) de l’Environmental Protection Agency des États-Unis (USEPA), par exemple, il est maintenant possible de calculer avec un bon niveau de précision l’empreinte carbone de nombreux types de projets de réhabilitation. 

Les outils logiciels comme le SEFA utilisent des données comme le type de pompes, la source de carburant, la consommation en carburant, les véhicules utilisés pour se rendre au site, la distance et la fréquence de leurs déplacements ainsi que d’autres facteurs pour mesurer l’empreinte environnementale, sociale et économique du processus de réhabilitation. Ces coûts sont ensuite comparés à ses avantages nets afin de déterminer le meilleur plan d’action. 

Depuis l’adoption de la politique sur les fermetures à faible risque (Low Threat Closure Policy) par la Californie en 2012, nous observons un changement au niveau de la réglementation. Celle-ci tend à prendre davantage en considération les évaluations fondées sur les risques pour déterminer les fermetures. Cette politique visait principalement les cas de réservoir de stockage souterrain d’un certain âge qui fuient, où le site pourrait encore se qualifier pour une fermeture si certaines conditions sont respectées. La dernière décennie nous a offert beaucoup plus d’information à étudier en plus des évaluations fondées sur les risques, particulièrement en matière d’impact environnemental.

Réfléchir à la vue d’ensemble

La quantification des coûts environnementaux, sociaux et économiques de nos efforts de réhabilitation, particulièrement dans les cas de réservoir de stockage mentionnés précédemment, offre de bonnes indications pour déterminer le moment où les coûts de ces projets de réhabilitation dépassent leurs avantages. Une communication transparente et ouverte entre les entreprises d’experts-conseils en environnement et les organismes de réglementation est essentielle au succès de tout projet de réhabilitation. Les entreprises d’experts-conseils, les entrepreneurs et les propriétaires de terrain doivent informer les autorités locales, les parties prenantes ainsi que les organismes de réglementation étatiques et nationaux au sujet du site et des mesures prises pour protéger les personnes touchées par les contaminants souterrains. De cette façon, les préoccupations d’un grand nombre de parties prenantes sont envisagées lors de la détermination du meilleur plan d’action pour la propriété. 

Les précisions qu’apportent les chiffres sont parfois très utiles dans nos interactions au sujet du projet avec la communauté. Les membres de celle-ci peuvent avoir des idées bien arrêtées sur ce qui est important pour l’avenir du projet de réhabilitation. Ils et elles peuvent juger que d’autres besoins communautaires ont préséance. Un solide programme de consultation des communautés aide donc à comprendre les préoccupations et les priorités des parties prenantes. 

L’idée que la réhabilitation entraîne ses propres répercussions environnementales notables, qui peuvent dépasser ses avantages, n’est pas nouvelle. Toutefois, nos efforts visant à améliorer nos communautés par une réhabilitation de la contamination sur des sites d’un certain âge profiteront certainement de la normalisation des nouvelles informations. Plus précisément, l’évaluation de l’empreinte carbone lors de la réalisation de la réhabilitation, les évaluations des risques pour la santé humaine et les analyses de rentabilité dans nos rapports réguliers d’évaluation du site, y compris les plans d’assainissement et les évaluations de fermeture, pourraient grandement améliorer notre capacité à prendre de meilleures décisions pour l’environnement et l’avenir de nos communautés.

Faire des progrès en matière de réhabilitation durable

GHD travaille avec diligence pour optimiser la durabilité de nos pratiques de réhabilitation, en partie grâce au développement ciblé de nos équipes dévouées, formées dans l’utilisation du logiciel SEFA et des analyses de développement durable. L’inclusion régulière des autres considérations mentionnées précédemment (impact environnemental, risque pour la santé humaine, ainsi que coûts économiques et liés aux opportunités) s’ajoute de manière volontaire aux évaluations habituelles des sites et aux demandes de fermeture. 

Toutefois, selon nous, cette information est suffisamment importante pour être étudiée par les organismes de réglementation et pour l’exiger dans toute proposition de réhabilitation ou toute évaluation de fermeture. Nos communautés ne peuvent que tirer profit d’une collaboration entre les professionnels et professionnelles de l’environnement et les organismes de réglementation; une collaboration qui tient compte de la vue d’ensemble lors de la planification de la réhabilitation de sites en fonction des éléments qui les touchent le plus.

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